Introduction
Le syndrome de l'imposteur, c'est quand tu doutes de tes compétences et penses que tu mérites pas d'avoir ton job actuel parce que t'es secrètement très mauvais. Tu mérites pas satisfaction pour les trucs que tu réussis parce que t'as juste eu de la chance en fait.
On donne parfois le conseil de ne pas douter de tes compétences et que tu t'es fait tout seul et bravo (j'exagère un peu ce second point, excusez-moi). Ce qui est légèrement foireux pour plusieurs raisons que j'explique ici, et je vous propose une discussion sur d'autres explications alternatives.
En gros ça va être comme un article dans Mode et Travaux, mais en plus long et légèrement indigeste.
Je vais mettre deux ou trois memes pour que ça passe mieux. Ou moins bien je sais pas.
Le "mérite"
Bon alors déjà, personne ne "mérite" où il en es, qu'il s'agisse de Dr Oetker ou d'un prisonnier de guerre, on arrive jamais quelque part d'une manière totalement indépendante de son environnement.
Même si nous avons toujours le choix et la capacité de réaliser ces choix en toute conscience, si tu places des gens dans un environnement déterminé, ça influence fortement la probabilité de faire un choix plutôt qu'un autre, même si le dit choix est tout merdique.
Je sais que certains pensent que tu peux juste choisir d'arrêter d'être triste, ou traverser la rue et trouver un job, mais la réalité est plus compliquée que ça et les choix portent le poids de tout l'environnement des personnes concernées en plus de différences manifestes dans la biologie du cerveau des individus.
C'est très facile de rester dans la classe moyenne quand on est né classe moyenne. C'est très facile de commencer un empire immobilier quand ton papa peut te prêter quelques millions ou que en hérite parce qu'il se fait écraser par un tram. C'est par contre extrêmement difficile de changer de classe sociale, non seulement parce qu'un des prédicteurs de "succès socio-professionnel", le QI, est hautement héritable mais parce que l'argent est au moins tout autant héritable avec en plus son auto-suffisance au delà d'un certain niveau de fortune, où tu peux juste tout mettre sur un compte Fisher-Price à 0.2% d'intérêt et gagner 500 000€ par an. Ajoute à ça que ne pas avoir les parents (ou les SERVITEURS) qui soient présents pour t'aider parce qu'en pratique ils auraient plus besoin que toi tu les aide parce qu'il y en a un en prison et l'autre en train de jouer à Farmville bourré dans le salon et qu'au lieu d'avoir Auguste le fils du président de Buitoni que tu vois au cours d'équitation tu as Marcel-de-Marcinelle qui se fait battre par son grand-père à coup de ceinture d'ortilles et deal de la laitue sauvage pour survivre, c'est pas GENIAL.
Attention je dis pas que c'est "mal" de gérer une énorme fortune familiale, on a besoin de gens qui ont des capitaux et qu'ils souhaitent les investir dans de nouveaux trucs histoire d'entretenir la soupe économique. Je vous parle juste de la réalité que, ne pas naître égaux change totalement nos perspectives d'avenir aussi. Penser qu'il suffit de choisir d'être un citoyen honorable parce que c'est logique qu'être un méchant c'est mal, c'est avoir une vision ultra-simplissime de la réalité mais bon si je commence à ajouter de la réflexion sur l'éthique et le capitalisme dans cet article on est vraiment foutus.
Le regain relativement récent d'attrait pour tout ce qui est "justice sociale" est une réponse à un mouvement qui refuse d'admettre que notre case départ est pas du tout la même et que personne ne prend des décisions dans un vide absolu. Comme dans n'importe quel groupe social, les progressistes ne sont pas tous ultra intelligents, mais au moins ils sont pratiquement tous d'accord qu'on ne peut pas décider d'arrêter d'être pauvre, à moins d'être quelqu'un de vraiment exceptionnel.
Alors, oui, le monde est injuste et les gens n'ont pas tous les mêmes facultés physiques et intellectuelles même si on retire totalement l'environnement — OK, c'est pas pour ça qu'on peut pas essayer de niveler le terrain comme on peut, tout le monde y gagne si la criminalité, les naissances dans la pure misère et la violence sociale baissent.
Conclusion de qu'est-ce que j'essaye de dire: Les gens qui "méritent" vraiment la plus grande part de leur succès sont extrêment rares — C'est normal d'être arrivé quelque part par succession de chances, de rencontres favorables, de parce que t'es pas trop moche, parce que papa est ministre, etc. C'est le lot de tout le monde.
Si Auguste, fils d'un chirurgien et d'une ingénieure philosophe, devient anesthésiste, il aura entrepris des études difficiles, et c'est tout à son honneur, mais à part ça son parcours est extrêmement banal et n'a vraiment rien d'exceptionnel.
Certains sont obligés de travailler plutôt que de continuer de longues études, particulièrement s'ils ont sorti des enfants un peu trop tôt et que leur famille ne peut pas les aider. Je sais que ça paraît redondant d'expliquer tout ça mais il y a vraiment une bonne proportion de la population qui a du mal à cerner le concept.
Attention au biais des survivants, les gens qui ont réussi dans la vie d'une manière exceptionnelle (insérez votre propre définition de ce que réussir dans la vie veut dire, ça n'a pas d'importance) ont tendance à penser que "tout le monde peut le faire puisqu'ils y sont arrivés". Déjà, non, et ensuite, leur cerveau a masqué majorité de la chaine complexe d'événements et de changements environnementaux qui ont rendu leur nouvelle réalité possible, à ajouter sur un phénomène connu qui est que les humains s'habituent très vite à leur nouvelle situation et ont tendance à ne plus penser à comment c'était avant.
Estimer correctement ses compétences
La notion de réalité c'est un truc de merde quand on est humains. On nait équipés de toutes sortes de capteurs de touchage, vision, odeurs de prospectus neufs, etc.
Pourtant ces capteurs ne montrent déjà pas la "vérité" en soi (par ex. les yeux ont une bande passante limitée, on ne voit pas l'infrarouge ou les rayons X etc., les oreilles ont un gros filtre foireux en fréquence pour qu'on entende bien les bébés qui pleurent mais pas une souris qui orgasme, ...).
Et quand bien même ils seraient plus proches de la vérité, tout passe par le cerveau qui en déduit sa propre réalité qui est rarement la "vérité". Le but du cerveau c'est notre survie et reproduction, pas nous montrer qu'il y a en fait un tas de veines dans notre champ de vision devant l'oeil ou de nous faire tout de suite penser que le buisson qui bouge la nuit dans le parc c'est pas un prédateur (ou un fantôme) c'est juste le vent. Non, le cerveau va vous trouver d'autres explications, de merde, et souvent là où y en a pas (d'explications - il y a peut-être de la merde).
Je vois beaucoup passer ce type d'images:
Qui signifie, si je comprends bien, que l'on croit que les autres gens ont individuellement toute la connaissance globale du monde et n'ont pas besoin de faire une recherche chaque fois qu'ils doivent utiliser des dates en JavaScript. Alors qu'en réalité tout le monde arrive sur la même page de merde de Stackoverflow [INSERER UN MEME SUR STACKOVERFLOW LAULE].

La question que je me pose: est-ce qu'il existe des recherches psychosociales qui indiqueraient que l'on a effectivement tendance à sous-estimer nos connaissances et surestimer celles de nos pairs? La réponse pourrait bien vous étonner.
Biais cognitifs et recherches socio-psychologiques
On peut déjà citer la théorie de l'effet Dunning-Kruger, à prendre avec une certaine pincettitude parce que la recherche sociale c'est pas facile.
En gros, ils pensent avoir démontré que les gens surestiment leurs compétences — c'est à dire pas du tout le syndrome de l'imposteur. Je vous l'avais dit que ça allait vous étonner.
Je réitère que c'est pas parfait et qu'il semblerait que ça ne tienne pas la route dans toutes les cultures et, pire, que l'idée qui a motivé les recherches, c'est un type qui s'est enduit de jus de citron pour braquer une banque en pensant que ça fera pareil que l'encre invisible face aux cameras de surveillance.
Plutôt que de se dire simplement que ce mec est extrêmement con ils se sont dit qu'il surestimait ses compétences de voleur.
Il y a certainement une part de vérité où quand on ne connaît pas l'entièreté du fonctionnement de quelque chose on a l'impression de trop gérer avec assurance, par ex. de savoir conduire une voiture dans toutes les situations juste après avoir décroché son permis. Je suis pas certain que ça s'applique à tout le monde. OK c'est nul. Je voulais juste les citer parce que ce super graphique est lié à leur théorie:
L'idée étant de montrer l'excès de confiance initiale, puis la réalisation qu'en fait tu captes quedalle, et tu retrouve dans le creux.
Le truc qu'ils oublient de dire, c'est que parfois tu quittes jamais vraiment le creux. Et c'est pas grave.
En astrophysique on sait toujours pas pourquoi l'expansion de l'univers accélère, ils ont appelé ça l'ENERGIE NOIRE WAW PEW PEW mais en fait c'est plus le gros trou de connaissance qu'on sait rien du tout de keskisspass.
J'ai essayé de lire l'autre jour ce que c'était un arbre binaire parce que j'allais en utiliser un pour un projet puis j'ai rien compris puis j'ai utilisé une liste à la place. Et ça marche. Parfois, faut embrasser le creux, s'y lover, oublier ses soucis. Peut-être qu'ils auraient dû appeler ça "la vallée des trucs que je connais et qui font pas trop peur".
Vous pouvez imaginer un chat couché dedans aussi. Je trouve ça plus sain que d'imaginer d'office que vous avez une grande part de connaissances complémentaires avec votre équipe qui forme un bel ensemble symétrique comme sur cette infographie:
De plus, ceux qui ont quitté le creux, ce sont de vrais experts mais ils sont vulnérables à une tendance à vouloir TOUT expliquer via leur champ d'expertise. C'est cool d'être expert en psychologie comportementale mais on ne peut pas l'utiliser pour expliquer pourquoi la tartine tombe toujours côté beurre ou pourquoi la dernière saison de Game of Thrones était si naze. Parfois les explications sont juste beaucoup plus simples, parfois beaucoup trop complexes et hors du champ d'expertise.
En gros, je pense qu'être trop expert ferme nos euh... Vous savez les bidules qu'on pose sur les yeux des chevaux pour qu'ils ne puissent pas voir sur le côté? Alors que leurs yeux sont sur le côté? Ah oui des oeillères.
Je suis pas le seul à penser ça, j'ai déjà lu des éloges de "l'esprit du débutant" parce qu'il est particulièrement ouvert.
Supériorité illusoire
Plus sérieusement sinon, l'idée de supériorité illusoire est objet de bien plus de recherches et semble effectivement s'illustrer sous diverses manières.
Par exemple, l'effet Downing semble indiquer que les gens qui ont un QI sous la moyenne ont tendance à surestimer leur QI, à l'inverse de ceux qui en ont un supérieur à la moyenne et qui ont tenance à sous-estimer leur propre QI.
Je sais que le QI n'est pas toujours très populaire parce qu'il souline au gros fluo qu'on est pas tous égaux mais au moins il est fait pour qu'on traine tous quelque part autour de la moyenne et surtout c'est un indicateur pshycologique tellement ancien et sujet d'un nombre tellement élevé de recherches indépdendantes que c'est un indicateur solide en terme, par exemple, de succès professionnel.
Tout ça pour dire que si vous avez un gros syndrome de l'imposteur, ben c'est peut-être que vous avez un gros QI! Hey, c'est-y pas une bonne nouvelle ça? Tu regrettes un peu moins d'avoir perdu 15 minutes de ta vie à lire toute l'intro qui dit que tu mérites pas spécialement ta situation hein?
L'effet Downing montre également que les personnes à QI élevé sont plus proches de la vérité quand elles estiment le QI de personnes avec un QI moins élevé mais ont tendance à surestimer le QI de gens qui ont un QI similaire aux leurs. Et ça aussi ça ressemble au syndrome de l'imposteur qu'on se dit que Georges est trop malin parce qu'il a l'air de vraiment comprendre comment fonctionne Flexbox plutôt que d'essayer toutes les possibilités jusqu'à tomber sur la bonne, comme vous faites.
La confiance en soi
C'est une autre facette du problème. Parfois, il s'agit juste d'accepter qu'on puisse ne pas tout savoir et/ou être une grosse quiche dans un ou plusieurs domaines. La majorité des domaines. Avoir raté une cuisson de purée mousseline un jour.
C'est pas parce qu'on commet systématiquement les mêmes erreurs qu'on ne peut pas, lentement, devenir meilleurs. Si on en a envie.
Il semble assez courant que les gens n'aient tellement pas confiance et soient tellement durs avec eux mêmes qu'ils ne se laissent pas la place pour grandir. Ils sont juste nuls pour toujours et voilà. Je me passe de souligner les boucles de rétroaction qui se cachent derrière ce type de sentiments.
Identifier ces mécanisme est la première étape nécessaire à tenter d'être un petit peu moins son propre pire enemi et, même si je parle juste après de la possibliité d'avoir un petit peu trop confiance en soi, il me semble évident que la majorité silencieuse pourrait bénéficier d'un petit boost de confiance.
Pour l'adolescence par ex., j'aurais tendance à dire qu'être un peu narcissique c'est juste un bonus sans aucun inconvénient.
Avoir TROP confiance en soi
Il y en a qui voient la confiance en soi comme un truc négatif, parce qu'effectivement, l'egocentrisme poussé à l'extrême est non seulement un trait de sociopathe mais ça peut causer toutes sortes de réels dégats comme absolument refuser de passer à autre chose et faire de la recherche sur de possibles traitements d'une pandémie mondiale parce qu'on a son égo coincé à la case départ sur un bidule qui fonctionne pas et qu'on embarque tout son institut qui aurait pu réaliser de chouettes autres recherchers utiles dans son ego-trip d'immobilité que les médias sont méchants et BigPharma possède des robots géants qui sont enterrés sous Jerusalem en ce moment.
Je ne nomme personne directement parce que les égomaniaques à tendance parano (dit aussi "pervers narcissiques" d'après Femme d'Aujourd'hui) font ENORMEMENT parler d'eux et c'est un peu leur truc. Si vous parlez d'eux, ils gagnent.
Cela étant, je pense que l'on a beaucoup à apprendre des narcissistes et qu'il en existe une dose tout à fait saine qui a l'air élevée mais conserve une vision raisonnable de la réalité extérieure.
La plupart des narcissiques qui causent des dégats autour d'eux sont en fait paranoïaques — Ils ont un syndrome de persécution, le monde est contre eux, ce qui est très pratique pour vendre un livre sur "son combat", d'ailleurs, le combat n'est même pas réel mais c'est pas grave, c'est bon pour le bizness.
Que la réalité soit consciemment ignorée ou que la personne soit cliniquement paranoïaque, on ne peut pas vraiment savoir à part qu'une réduction est possible en "oui, c'est un.e connard.e".
Une dose de narcissisme qui ne fait pas de vous un.e. connard.eTM est probablement saine, avec le léger soucis que pour savoir si vous êtes un.e. connard.eTM vous avez besoin d'une vision saine de la réalité. Pas parfaite, puisque c'est impossible. Juste, saine. Ceci dit, se rendre compte qu'on a peut-être un point de vue fortement biaisé et que telle ou telle personne veut peut-être juste critiquer vos idées et pas vous détruire, c'est un bon signe pour la validité de votre réalité.
Si vous ne pensez pas que le monde est secrètement contre vous et que vous pouvez prendre le point de vue d'autres personnes par exercice et leur donner raison de la sorte, à mon avis tout va bien. Certains ont la réalité tellement distendue que c'est impossible pour eux d'avoir tort, la seule explication possible c'est que les autres sont méchants et ont une vendetta personnelle contre eux.
Si vous pensez que parfois vous avez tort ou que vous avez mal agi, et que mal agir ne veux pas dire "Regretter de ne pas avoir viré Georges plus tôt parce qu'il est méchant", c'est plutôt bon signe.
Etre un peu nul, c'est pas grave
Quand je vois certains exemples de "syndrome de l'imposteur", j'ai juste envie de crier que c'est un horrible manque de confiance/estime (en|de) soi et rien d'autre.
Parfois il faut juste accepter qu'on est un petit peu nul, mais c'est pas grave l'important c'est le chemin toussa toussa, personne n'est voué à être nul pour toujours, j'arrive à dessiner des slips alors que j'ai doublé ma 2ème maternelle.
D'autre part, il s'agit de vérifier de temps en temps s'il n'y a pas des trucs qui indiquent que votre vision de la réalité est foireuse en cela que vous êtes vraiment pas si nul que ça en fait. Non seulement parce que Georges en face est bien plus nul, mais aussi parce que vous n'avez pas assez célébré les petites choses que vous avez réussies et je suis certain que vous avez réussi deux ou trois trucs, au moins. Sisi.
Je vois des gens qui créent un genre de récap (sous forme de site web complet parfois) de "qu'est-ce que j'ai fait de cool cette année" — ça a l'air nul, ça ressemble à mon blog, ça fait un peu "regardez comment je suis cool (je pense)" mais c'est une manière de célébrer vos accomplissements. De manière moins entreprenante vous pouvez juste vous remémorer les choses les plus satisfaisantes que vous avez vues jusqu'à leur terme cette année. Si ça vous paraît un peu trop, c'est pas grave, commencez par ce que vous avez fait de cool aujourd'hui, ou hier, ou avant hier, célébrez ça.
Il y en a aussi qui ne vont célébrer que les grosses victoires, et pratiquement aucune victoire n'est assez grosse pour eux. La vie c'est une série de petits pas en avant et en arrière, pas un énorme pas où on devient tout à coup le dieu de la vie.
HTML est un langage de programmation (???)
Dans la super liste d'anecdote foireuses en science des ordinateurs, il y a les gens qui insistent pour que le HTML et CSS (langage de marquage et formattage de documents) soient considérés comme un LANGAGE DE PROGRAMMATION.
Parce que... Les language de programmation c'est cool, les autres trucs, c'est naze. Wallah.
Plutôt que de changer les définitions des choses, suffit de se rendre compte qu'HTML et CSS sont des compétences non seulement difficiles à maitriser, mais aussi essentielles et loin d'être dénuées de valeur.
HTML et CSS n'ont pas besoin d'être des langages de programmation pour avoir une valeur et une complexité technique intrinsèque. Vous avez le droit d'avoir confiance en vos domaines d'expertise même s'ils sont peu populaires, si vous avez été engagés pour ça c'est qu'ils ont une valeur, les haters ont qu'à retourner écrire du code Python DE MERT qui est MOCH.
L'humilité et la fierté
J'ai déjà vu un énorme manque de confiance en soi justifié en "ben quoi, je suis humble au moins".
Parfois c'est bien d'un peu se gonfler, même si c'est pour rigoler, une partie de votre cerveau va le prendre au sérieux et vu à quel point il triche avec la réalité et vos procédés cognitifs, si vous pouvez un peu tricher en retour, moi je serais preneur. 'Foiré de cerveau.
La limite est un peu la même que pour la confiance en soi, faut essayer de garder deux ou trois pieds dans la réalité et pas être un connard.e.
D'autres trouvent que l'humilité c'est "wesh t'as aucune fierté mec".
Cette "fierté" qui est censée remplacer l'humilité pue la vision égocentrée de la réalité en plus d'un possible manque de confiance en soi. Je sais bien que ça peut paraître étrange à dire, fierté égal manque de confiance?
Je dis ça parce que l'humilité à des racines bien ancrées dans la réalité: même les gens que l'on considère comme TROP BALAISES ont toujours des choses à apprendre de nous pauvres mortels. Les personnes les plus improbables peuvent vous apprendre des choses et vous faire réfléchir.
On est pas humble parce que c'est la classe, on l'est parce que c'est la réalité qu'il y a toujours à apprendre, toujours à améliorer, toujours à redevenir débutant 2 ans après être sorti de l'école parce que tout a changé.
Je suspecte que la "fierté" c'est souvent un bidule qui ferme l'esprit et empêche d'à nouveau apprendre et accepter d'être débutant. Comme si c'était trop nul quoi, à mon âge je connais tous ces trucs j'ai pas besoin d'apprendre CSS Grid, on peut tout faire avec des <table>, je vais te montrer.
Je pense que si vous mettez votre fierté légèrement en pause pendant 10 secondes, vous pouvez vous rappeler de ces quelques fois où vous comtempliez quelqu'un qui vient d'accomplir quelque chose de, somme toute, remarquable, et ça vous agace. Vous êtes un peu deg qu'il arrive à accomplir ce truc de fou et pensez que pourriez aussi le faire si seulement vous arriviez à vous y mettre.
En réalité, c'est peu probable que vous y arriviez avec cette attitude. Parfois il faut savoir reconnaitre la grandeur, à quel point quelque chose que vient d'accomplir quelqu'un que vous n'aimez pas trop est remarquable et intéressant et que plutôt qu'être juste deg (merci beaucoup la "fierté", très utile ce truc) vous pouvez peut-être y trouver une opportunité d'apprendre des choses et de grandir personnellement.
Bien entendu, ces progrès se font étape par étape, prennent du temps, et mènent parfois à un résultat décevant. C'est pas grave si vous n'arrivez pas à jouer Titanic à la flûte à bec alors que Georges sait le faire en jouant de la grosse caisse en même temps. Vous pouvez tout de même lui parler et apprendre des choses de sa part. Si vous fermez votre esprit par fierté et parce que "fait chier il réussit toujours tout lui" (ce qui, par ailleurs, est probablement juste complètement faux) vous ne pourrez rien apprendre du tout de cette personne et dans tous les cas vous n'avez rien gagné.
J'ai pas envie de "gagner" des trucs ni de changer personnellement moi! — Pas de soucis. Cependant, je pense que ça se passe tout seul que vous le vouliez ou non et que n'importe qui devrait être capable d'admettre "j'aurais pu faire mieux" à un moment ou l'autre.
Etre humble c'est aussi être capable d'écouter tout le monde, sur tous les sujets, parce que dans l'univers tout se recoupe. Apprendre la flûte a mis en évidence des trucs que je fais mal à la trompette et comment les corriger. Jouer à StarCraft m'a appris à perdre 40 fois de suite et quand même continuer. Observer des extravertis m'a permis d'être capable de parler sans réfléchir pendant deux minutes avant d'ouvrir la bouche (une malédiction et bénédiction en même temps, trop bien), je pourrais poursuivre avec un paragraphe tellement long que les gens qui n'avaient pas encore abandonné la lecture vont d'office réouvrir leur onglet Facebook et regarder cette vidéo de CUISINE SYMPA sans le son pendant 5 minutes jusqu'à ce que leur cerveau redémarre.
L'humilité, pour rappeler la première partie de cet article, c'est aussi se souvenir qu'on doit beaucoup à notre environnement, à certaines opportunités, à certaines personnes, certains projets, la chance, notre enfance pas trop ratée, nos deux jambes et deux bras si on en a ce nombre, etc.
C'est OK de partager et essayer d'élever ses pairs (quand ils sont d'accord hein, parfois ils sont pas d'accord (parfois ils sont fort fiers aussi)), parce que ça nous élève aussi, on cultive un environnement où tout le monde est plus ouvert, partage facilement ses connaissances.
L'élève peut toujours devenir le maître, un meilleur maître, et ainsi de suite. Vous faites partie d'un héritage immortel de connaissances. MLksfjdf je m'emballe un peu, scusez moi.
Non seulement apprendre à quelqu'un d'autre provoque naturellement une réflexion interne qui peut mettre de nouvelles choses en lumière, mais le quelqu'un d'autre peut immédiatement vous faire réfléchir et vous partager ses propres connaissances connexes.
Attention tout de même à ne pas tomber dans le pur cliché "lol je suis nul" quand vous parlez d'un domaine où vous êtes un genre de référence ou de la dernière opération à coeur ouvert que vous avez réalisée pour sauver une vie face à quelqu'un qui n'arrive pas à séparer le pilon de poulet du haut de la cuisse.
Ce type d'humilité peut décourager d'autres personnes. Essayez de rester avec deux ou trois mains dans la réalité et gardez pour vous, si possible, vos exercices d'auto-gratification ou d'auto-dérision sauvage, à moins qu'ils concernent un aspect précis où vous êtes particulièrement compétent ou vraiment très mauvais. Ces outils mentaux peuvent être mal interprêtés quand on n'habite pas votre tête.
Je comprends bien que rien capter c'est frustrant et ça donne pas envie d'être "humble". Je me suis mis à apprendre des technologies frontend, entre autre choses, parce que la moitié des acronymes que je voyais sur Twitter quand les gens parlaient de développement m'étaient totalement inconnus au point de paraître ridicules.
Et là, tu vois, cher lecteur, c'est mon esprit qui s'était fermé parce qu'il avait pas envie de redevenir débutant. Pas envie de retourner dans le CREUX. Plutôt envie de se moquer du CSS-dans-le-JavaScript et des 12000 dépendances du moindre petit projet.
Il y en a qui disent "quand tu captes rien à ce que t'es en train de faire mais que tu le fais quand même, c'est bien, c'est que t'es en train d'apprendre" mais c'est encore pire: parfois, apprendre, c'est redevenir mauvais exprès comme par exemple apprendre à taper à 10 doigts avec une technique dactylo standard après 15 ans de MSN Messenger sans aucune technique mais une vitesse néanmoins élevée, ça veut dire baisser de vitesse de frappe (énormément au début) le temps de devenir habile en dactylo, pour peut-être un jour dépasser sa vitesse précédente. Ce progrès est impossible sans consciemment se replacer soi-même sur la case "mauvais".
Comme si c'était déjà pas assez pénible comme ça, apprendre, ça prend du temps. Le cerveau a besoin de dormir et de temps en général pour que les mécanismes de mémoire et d'entraînement solidifient la connaissance, et ça fait aussi partie de l'humilité: s'accorder le temps à soi et aux autres, se souvenir de la patience que d'autres ou vous-mêmes vous avaient accordée, se souvenir de ses difficultés et afficher une tolérance et patience de qualité quand d'autres vivent à leur tour ces mêmes difficultés.
Problèmes de genre
Le contexte où j'entends le plus parler du syndrome de l'imposteur, c'est dans la tech. Et c'est souvent des femmes.
Même si la littérature (enfin, Wikipedia) semble indiquer que le problème touche autant les femmes que les hommes, je serais fort étonné que ça soit aussi le cas dans le milieu des technologies de l'information.
C'est probablement un bon moment pour enfin dire que le terme "syndrome de l'imposteur" provient initialement de recherches spécifiquement ciblées aux femmes: “The Impostor Phenomenon in High Achieving Women: Dynamics and Therapeutic Intervention” par les Dr. Pauline R. Clance et Dr. Suzanne A. Imes. Et ça date le 1978 où je pense qu'il y avait une proportion plus élevée de femmes en tech que maintenant.
On dirait qu'il y a une vieille idée qui traîne chez les personnes de genre féminin que le développement c'est super dur et plein de maths et tout, alors que c'est juste beaucoup de recherche et copier coller de trucs que t'as déjà fait (parfois dans le même projet lel). Le tout embourbé dans l'idée que si c'est très technique, c'est probablement pour les GarçONS.
Je pense que même une fois ce mur franchi, elles mettent un petit temps avant de se rendre compte que, oui, en fait c'est nul, y a tout sur Stackoverflow et pour la plupart des projets, il n'y pas vraiment de maths du tout. Un peu de logique, une addition par-ci par-là, un modulo quand c'est la fête, puis voilà quoi.

Il n'empêche que la pression psychologique qu'elles subissent peut être élevée, en plus de la pression de Georges qui n'arrête pas de leur demander de passer voir sa collection de carte Pokémon, parce qu'on a enterré dans la tête des mecs qu'ils devaient faire le premier pas où il se passe rien et dans la tête des filles qu'elles ne devaient jamais le faire, mais pas trop dire non quand même parce qu'il pourrait se fâcher et casser la machine à café et c'est le seul truc cool du bureau.
Un des principaux phénomènes coupables, c'est l'histoire de si un homme n'arrive pas à coder un truc assez trivial, ben il est un peu nul et voilà. Si une femme n'arrive pas à coder un truc assez trivial, toutes les femmes sont nulles en code.
Non, j'exagère même pas. Regardez autour de vous comment ça stéréotype à la vitesse de la célérité.
C'est un peu pareil avec les filles dans certains jeux vidéos, elles resentent qu'être un peu mauvaise ça rabaisse tout leur genre vers le bas et ça crée pas mal de pression qui n'existe pas quand t'es un vieux type mauvais, qui se fait insulter aussi mais pas immédiatement et pas de GROSSE TEPU.
Je vous file un autre exemple gratuit: C'est très courant dans le monde du streaming qu'une femme aillant atteint une division élevée dans un jeu compétitif soit accusée d'avoir juste duo avec quelqu'un de super balaise (un homme bien sûr), d'avoir utilisé l'ingénierie sociale ancestrale de "Georges ferait n'importe quoi pour une photo de mes pieds" ou encore qu'elle a prêté son compte à quelqu'un qui l'a artificiellement monté.
Mais attend Dick, tu crois que ça arrive jamais ce genre de trucs?
- Sans doute que ça arrive parfois, mais pourquoi les gens pensent immédiatement à ça comme raison par défaut et pas pour les hommes?
J'ai même pas été très intersectionnel sur le coup parce que tout type de minorité est potentiellement affecté par ces pressions sociales (je suis au courant que certains individus ne le sont pas du tout, merci).
Je pense donc que dans certain cas, le syndrome de l'imposteur est aussi une manifestation de pressions ressenties par une situation de minorité. Enfin, dans tous les cas ça n'aide pas.
Conclusion bizarre
Au final il y a peu d'intérêt à s'obséder pour que l'estime de soi soit la plus proche possible de la réalité, l'important est de se sentir bien, si possible sans être un connard.e.
On est loin de contrôler entièrement la perception de la réalité de notre cerveau, si on peut s'auto-manipuler pour que tout soit plus facile, pourquoi ne pas le faire? C'est générallement mal vu de manipuler les autres parce qu'un jour ils risquent de s'en rendre compte et puis après vous aurez plus d'amis. Mais se manipuler soi même c'est un peu la base du développement personnel. Et je parle pas nécessairement de se tripoter les tetons sous la douche mais c'est important aussi - toutes les sources de dopamine sont à prendre tant que ça n'affecte pas soudainement votre vie sociale ou professionnelle parce que vous passez 8h par jour dans la douche.
Peu importe ce qu'il représente pour vous, le syndrome de l'imposteur en lui-même n'est pas un problème, l'anxiété et la dépression en sont. Est-ce que l'un peut être à l'ogirine des autres?
Le DSM ne parle pas du tout du syndrome de l'imposteur, ce qui laisse penser qu'il s'agit effectivement de la conséquence d'autre chose ou la source, directe ou pas, d'un possible trouble connu comme l'anxiété. Ou bien ce sont juste une série de biais cognitifs. Ou bien c'est juste un manque de confiance en soi.
Gardez l'esprit ouvert comme un vrai débutant qui est heureux d'être débutant et d'avoir tout à apprendre, restez positifs, célébrez vos petits succès, soyez indulgents avec vous mêmes et sachez reconnaitre vos progrès, tout en étant capable d'accepter que, parfois, on est un peu nuls et c'est pas grave.
C'est possible que la réalité soit secrètement plus sympa que ce que vous pensez.







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